2014 envies de lire…

Hop… deux ouvrages à conseiller… dans deux registres très très différents !
Ils font partie de ma sélection lue en médiathèques ce mois-ci !
« Réparer les vivants » de Maylis de KERANGAL : Ed. Verticales.

Kerangal

Jolie illustration… (journal Le Monde)

Bio : Maylis de Kerangal
Née en 1967, Maylis de Kerangal a été éditrice pour les Éditions du Baron perché et a longtemps travaillé avec Pierre Marchand aux Guides Gallimard puis à la jeunesse.
Elle est l’auteur de quatre romans aux Éditions Verticales, Je marche sous un ciel de traîne (2000), La vie voyageuse (2003), Corniche Kennedy et Naissance d’un pont (Verticales, 2010; prix Franz Hessel et prix Médicis 2010; Folio 2012) ainsi que d’un recueil de nouvelles, Ni fleurs ni couronnes («Minimales», 2006) et d’une novella, Tangente vers l’est («Minimales», 2012; prix Landerneau 2012). Aux Éditions Naïve, elle a conçu une fiction en hommage à Kate Bush et Blondie, Dans les rapides (2007; Folio, mai 2014

Résumé : « Réparer les vivants » Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps.»Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois.
« Usage communal du corps féminin » de Julie Douard éd. P.O.L janvier 2014

Douard

Julie Douard, qui signe là son deuxième roman, a écrit plusieurs pièces de théâtre et enseigne la philosophie en lycée depuis une dizaine d’années.
Une petite ville de France, intemporelle et pittoresque. Ces derniers temps, c’est autour de la jeune Marie Marron que se cristallisent les évènements. Pas plus sotte que d’autres, un brin naïve sans doute, elle s’avère assez lente, peu réactive. Orpheline, Marie habite avec sa tante, la vieille Hortense. Celle-ci n’est d’ailleurs pas si âgée, mais se complaît dans une existence confinée. Marie est la secrétaire à temps partiel du dentiste local. L’épouse de ce dernier est toujours absente, voyageant à son gré. Un de leur fils, Maurice, étudie la philologie, filière universitaire aux débouchés inexistants. Il aussi lymphatique que Marie. Il a peu de chances de lui plaire, car la jeune femme s’est éprise de Gustave Machin. S’il n’a guère d’allure, ce commercial est un vindicatif, limite sanguin, clamant haut et fort sa conception obtuse du monde. Il a tout pour plaire à la timide Marie, qui est son contraire.
Francine Dumoulin est l’inamovible secrétaire de mairie. Bien consciente de sa laideur, elle économise en vue d’une opération esthétique. Gustave Machin s’est mis en tête que Marie doit remplacer Francine à son poste de la mairie. Pour ce faire, il élabore un plan tortueux qui a de fortes chances d’échouer. Gustave se rapproche de Francine, partageant deux ou trois soirées alcoolisées. Comme c’était à craindre, le projet tourne mal, avec le décès de Francine. La mise en scène d’un suicide est si peu crédible, que le chef des gendarmes Barnabé n’y croit pas un instant. La même nuit, un gros ivrogne du coin est retrouvé mort non loin de là. Effectivement, il avait croisé Francine peu avant. Voilà donc un coupable idéal, et une affaire résolue. Un temps suspecté, Gustave s’était vite disculpé. Néanmoins, après tant de stress, il est interné à l’Institut de Récupération, tenu par des religieuses.
L’étudiant Maurice connaît de sévères contrariétés, quand la filière est supprimée. Josette, une native du cru, également. Le petit ami de celle-ci, Rudolph, s’impose bientôt dans le paysage local. Diplômé en Ingénierie Providentielle, on va inventer pour ce pékin-là un poste de factotum. Il risque de mettre de l’animation chez la vieille Hortense, où il s’est installé. La mairie (où Marie est devenue secrétaire) veut organiser une fête, un concours de misses réservé aux femmes mûres de la contrée. Il faut s’attendre à divers remous. Du côté de l’Institut, c’est une vraie révolution que Gustave Machin impose, avec la complicité de la jeune Catherinette, une nonne passionnée. La mère supérieure n’eût sûrement pas permis ces bouleversements, mais elle était bien fragile. Tant de choses se produisent ici, loin d’être expliquées, que ça pourrait apporter une forte médiatisation à la commune…

Après les villes de Quint-Fonsegrive, Castelnaudary, Toulouse, c’est à Seysses  que je vous retrouve samedi 2 février à 10h30 à la médiathèque municipale pour un café littéraire convivial ! Accès libre et gratuit, cafés-croissants offerts ! (organisé par la mairie de Seysses). 

 

Rentrée littéraire, septembre-octobre 2013

guerre du Liban. cette photo me renvoie à une oeuvre de Miquel Barcelo vue cet été au musée de Ceret.

Guerre du Liban. Cette photo me renvoie à une oeuvre de Miquel Barcelo vue cet été au musée de Céret. 

Aiguillonné par la littérature d’aujourd’hui, j’écoute respirer le monde… voici un menu-littéraire, en cette rentrée 2013, lisons…restons vivants !

 

Coup de coeur pour le roman de Sorj Chalandon Le quatrième mur, paru chez Grasset.

Le livre raconte l’histoire d’amis idéalistes qui veulent monter une pièce de théâtre (Antigone d’Anouilh) au Liban, en 1982 pendant la guerre. Créon sera chrétien, maronite. Antigone sera palestinienne. Hémon sera Druze. Les Chiites seront là aussi, et les Chaldéens, et les Arméniens.

Les « évènements » de Syrie actuels résonnent soudain avec une grande force, à la lecture de ce récit en pleine guerre du Liban. Ce bouquin à peine terminé j’ai eu envie d’en savoir davantage, je me suis documenté. Une lecture qui en appelle une autre… c’est le signe d’un bouquin réussi ! Car si Chalandon est ou fut journaliste, je ne sais plus, (à Libé, entre autres) c’est un très bon romancier qui cède la place au journaliste et conte ici. Son talent réside dans le fait de ne pas donner dans sensiblerie, en pleine atrocité, son texte vise juste. Il questionne le rapport à l’engagement, à la fraternité. J’ai aimé aussi le rapport au théâtre qu’il pose (Cf la définition du quatrième mur p39) Ce livre est très vivant. (Lisez à voix haute, pour vous en rendre compte). J’ai aimé ces personnages d’utopistes avant qu’emportés par la confusion meurtrière des belligérants, ils ne soient emportés eux aussi, dans les fumées de leur propre confusion.
un extrait : (qui me touche particulièrement )

Sam.
Il s’était levé, imposant, tranquille. Depuis trois mois qu’il était réfugié en France, jamais je ne l’avais entendu durcir la voix, fermer les poings ou froncer les sourcils. Quand nous nous battions, il refusait de s’encombrer d’une barre de fer. Il disait qu’une bouteille incendiaire n’était pas un argument. Sam était grand, cabossé et musclé à la fois, taillé comme un olivier fourbu. Parfois, les gens le prenaient pour un flic. Ses cheveux courts et gris au milieu de nos crinières de gauche, sa veste de tweed frottée à nos blousons, sa manière de dévisager un lieu, de scruter un regard. Sa façon de ne jamais reculer. Ou alors lentement, en marche arrière, défiant l’adversaire glacé par son sourire. Nous redoutions tout à la fois la police, la droite extrême ou l’embuscade sioniste, mais lui ne craignait rien de ces coups-là. Après avoir connu la dictature, la bataille d’Athènes et la prison, il disait que nos combats étaient un genre d’opérette. Il ne jugeait pas notre engagement. Il affirmait simplement qu’au matin, personne ne manquerait à l’appel. Qu’aucun corps mort ne resterait jamais derrière nous. Il disait que notre colère était un slogan, notre blessure un hématome et notre sang versé tenait dans un mouchoir de poche. Il redoutait les certitudes, pas les convictions.
Un jour, au carrefour, il m’a empêché de crier « CRS=SS » avec les autres. Comme ça, main posée sur mon bras, ses yeux noirs dans les miens. Nous étions piégés par les gaz. Entre deux formidables quintes de toux, il m’a demandé si je connaissais Alois Brunner. Je l’ai regardé sans comprendre, effrayé par son calme. Alois Brunner? Oui, bien sûr, le criminel de guerre nazi. Les lacrymogènes avaient une odeur de soufre, nos pierres gâchaient le ciel, les cris, les matraques écrasées en cadence contre les boucliers. Nous étions sur le trottoir, lui, moi. Il a arraché ma barre de fer et l’a jetée dans le caniveau. Il a baissé son foulard et m’a poussé devant lui. Je me suis débattu violemment.
-Tu es dingue!
Il m’emmenait vers le cordon de police, comme un inspecteur en civil traîne sa proie vers le car des interpellés.
-Montre-moi Brunner, Georges! Vas-y!
Nous étions face au cordon de CRS, seuls au milieu de la rue, tandis que nos camarades refluaient tout autour. Les policiers s’apprêtaient à la charge. Un officier remontait les rangs en hurlant au regroupement.
-C’est lequel, Brunner? Dis-moi!
Sam ne me lâchait pas. Du doigt, il désignait un par un les hommes casqués.
-Celui-là? Celui-là? Où se cache ce salaud?
Et puis il m’a libéré. Les policiers attaquaient en hurlant. Il a ouvert une porte d’immeuble et m’a poussé à l’intérieur. Je pleurais, je tremblais du manque d’air. Et lui suffoquait. Derrière la porte close, la rue se battait. Hurlements, plaintes, fracas des lacrymogènes. J’étais assis sous les boîtes aux lettres, adossé à la porte d’entrée. Sam s’est accroupi à ma hauteur, main posée contre le mur à la recherche d’un souffle. Il a baissé mon foulard du doigt.
-Alois Brunner n’était pas là, Georges. Ni aucun autre SS. Ni leurs chiens, ni leurs fouets. Alors ne balance plus jamais ce genre de conneries, d’accord?
J’étais d’accord. Un peu. Ce n’était pas facile. J’aurais pu répondre qu’un slogan était une image, un gros trait, un brouillon de pensée, mais je n’en ai eu ni l’envie ni le courage. Je savais qu’il avait raison.
-Protège l’intelligence, s’il te plaît, a dit Sam. Et puis il m’a aidé à me relever.

Un peu d’histoire… (pour ceux pour qui comme-moi…s’y perdent un peu).

La guerre du Liban* est une guerre civile ponctuée d’interventions étrangères qui s’est déroulée de 1975 à 1990 faisant entre 130 000 et 250 000 victimes civiles. Les séquelles du conflit se font sentir sur une longue période avec une laborieuse reconstruction, le maintien de milices armées autonomes et des reprises ponctuelles de violences.
En 1976, la Syrie impose un cessez le feu et propose un rééquilibrage du partage des pouvoirs entre communautés.
Cette même année, le président syrien Hafez el Hassad ordonne l’entrée de troupes et de blindés au Liban dans le but de « préserver le statu quo et mettre en échec les ambitions des Palestino-progressistes ».
Grâce à l’intervention militaire et diplomatique des puissances régionales arabes, le président libanais et le chef de l’OLP sont convoqués à Riyad cette même année. Ils sont invités par l’Arabie Saoudite et l’Egypte à reconnaître la légitimité de la présence des troupes syriennes au Liban, et l’officialisent par la mise en place de la Force Arabe de Dissuasion (FAD) par leur propre confusion.

Martin Page avec L’Apiculture selon Samuel Beckett

samuel-beckett-john-nolan« Car en moi il y a toujours eu deux pitres, entre autres, celui qui ne demande qu’à rester où il se trouve, et celui qui s’imagine qu’il serait un peu moins mal plus loin. » Samuel Beckett (Molloy). Martin Page est un auteur qui ne craint pas la fantaisie. Il semblerait que Beckett, n’en manqua pas non plus, dans son existence parisienne, à la fin des années 80. Biographie décalée, ce texte court met en scène l’auteur de légende, en chemise à fleur et barbe fleurie. Flanqué d’un étudiant qui ressemble à Martin P. comme un frère, Samuel va partager ses frasques en fabricant à quatre mains de fausses archives-Beckett, pour les universitaires, qui fétichisent chaque fragment de leur idole. Il y a là, au-delà de la foucade, un jeu sur la fabrication de la figure de l’artiste. Un livre court, souriant et sympathique.

Profanes de Jeanne Benameur.
À conseiller !

Très joli livre émouvant qui a questionné mon rapport au sacré et au profane ! MF

Ancien chirurgien du coeur, il y a longtemps qu’Octave Lassalle ne sauve plus de vies. À quatre-vingt-dix ans, bien qu’il n’ait encore besoin de personne, Octave anticipe : il se compose une “équipe”. Comme autour d’une table d’opération – mais cette fois-ci, c’est sa propre peau qu’il sauve. Il organise le découpage de ses jours et de ses nuits en quatre temps, confiés à quatre “accompagnateurs” choisis avec soin. Chacun est porteur d’un élan de vie aussi fort que le sien, aussi fort retenu par des ombres et des blessures anciennes. Et chaque blessure est un écho.
Dans le geste ambitieux d’ouvrir le temps, cette improbable communauté tissée d’invisibles liens autour d’indicibles pertes acquiert, dans l’être ensemble, l’élan qu’il faut pour continuer. Et dans le frottement de sa vie à d’autres vies, l’ex-docteur Lassalle va trouver un chemin.
Jeanne Benameur bâtit un édifice à la vie à la mort, un roman qui affirme un engagement farouche. Dans un monde où la complexité perd du terrain au bénéfice du manichéisme, elle investit l’inépuisable et passionnant territoire du doute. Contre une galopante toute-puissance du dogme, Profanes fait le choix déterminé de la seule foi qui vaille : celle de l’homme en l’homme.
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«Le profane étymologiquement est celui qui reste devant le temple, qui n’entre pas. C’est ainsi que je me sens. Et je ne peux pas échapper à la question. À quoi arrime-t-on sa vie pour avancer, jour après jour ? La route que choisit Octave Lassalle, c’est les autres. Trop seul dans sa grande maison depuis tant d’années, il décide de s’entourer. Quand la famille fait défaut, quand la religion n’est pas de mise, il reste l’humanité. Et la seule carte du monde qui vaille, c’est celle, mouvante, des hommes et des femmes sur terre. Le roman est tissé de ces vies qui se cherchent et se touchent, des vies trébuchantes, traversées d’élans et de doutes qui trouvent parfois, magnifi quement, la justesse. C’est du frottement de ces vies imparfaites qu’Octave Lassalle cherche à être enseigné, retournant ainsi les Évangiles. C’est de ces points de contact improbables qu’il attend les seules épiphanies possibles. Des épiphanies profanes. Humbles.Chacun des cinq personnages du roman a connu un moment dans son existence où la foi en quoi que ce soit de transcendant s’est brisée. Chacun des cinq va peu à peu reconstruire une route, sans dogme ni religion, pour retrouver la foi dans l’être humain, ici et maintenant.J’ai écrit ce roman, comme Hélène, la femme peintre, en passant par les ombres de chacun pour qu’ils apparaissent peu à peu, dans la lumière.Dans les temps troublés que nous traversons, où les dogmes s’affrontent, n’offrant de refuge que dans la séparation, j’ai voulu que Profanes soit le roman de ceux qui osent la seule liberté à laquelle je crois : celle, périlleuse, de la confi ance. Cette confi ance qui donne force pour vivre. Jusqu’au bout.» Jeanne Benameur

Coup de coeur pour Mélo, le roman de Frédéric Ciriez.

éd.Verticales.

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Enfin… un texte original. Enfin… une « écriture nouvelle » aussi ! Cette nouvelle voix du roman français signe-là son deuxième ouvrage. A déguster. J’ai particulièrement apprécié son personnage  »Parfait de Paris », il est éboueur à Paris, la journée et quand vient la nuit… il se transforme en ambianceur congolais, sapeur-roi de la fringue. Je ne soupçonnais pas tout ce pan de culture-black urbaine. So fun !

Livres de cette rentrée

9782707322579_1_75Avec 646 romans dont 426 français et 220 étrangers, qui paraîtront de fin août à octobre, la rentrée 2012 est un peu moins inflationniste que ces dernières années.

Olivier Adam signe Les Lisières (Flammarion), à la fois voyage intérieur et regard sur les déclassés. Ce Malouin d’adoption met en scène un écrivain torturé que l’hospitalisation de sa mère oblige à retourner dans la banlieue étriquée de son enfance.

Avec 14 (Minuit), Jean Echenoz suit le destin de cinq jeunes gens partis au front.

Laurent Gaudé renoue avec le souffle épique et consacre l’excellent Pour seul cortège (Actes Sud) au crépuscule d’Alexandre le Grand.

Agnès Desarthe publie Une partie de chasse (L’Olivier). (…)

Prochains rendez-vous en région été-autome 2012

Samedi 25/08 à 11h Le comédien Christophe Anglade lit Ce qu’il advint du sauvage blanc de Francois Garde à la Médiathèque Pavillon Blanc de Colomiers.

Le comédien Marc Fauroux offre un panorama de la rentrée littéraire (entrée gratuite) dans les lieux suivants :

Jeudi 20 septembre à 18h30 Maison du par cet de la vallée de LUZ-St-SAUVEUR (65).

Vendredi 21 septembre à 18h30 Médiathèque de Lourdes (65)

Lundi 24 septembre à 20h30 à la Médiathèque de Quint Fonsegrives (31)

Mercredi 26 septembre à la Médiathèque de Saint Orens (31)

Jeudi 18 octobre à 18h à la Médiathèque Pavillon Blanc de Colomiers

Samedi 27 octobre Médiathèque de Castelnaudary à 11h

Rentrée littéraire – automne 2011

Rentrée sans cartable pour moi… mais avec un bel enthousiasme pour des trouvailles à partager… Un tri parmi les 335 romans français  parus ou à paraitre avant fin octobre !  Et pour l’heure je n’ai pas lu les romans du domaine étranger (Franzen, ou le merveilleux Murakami, pour ne citer qu’eux parmi les 319 romans qui s’ajoutent à cette liste. Ce qui porte à 654 le nombre de romans à découvrir cette saison. Bonnes lectures !

Mon coup de cœur :

Son corps extrême de Régine Detambel

(éd. Actes Sud)

corpsextremeIl y a des livres qui ont parfois une résonance forte. Je n’oublierai pas celui là.

Il commence par une absence. Le personnage principal a un accident de voiture qui la plonge dans le coma.

« Alice est sinueuse, elle flotte, en suspension dans la clarté, d’un vol à peine battant mais profondément rêveur… ».

Cet état d’une « autre forme de vie » est extrêmement bien écrit dans une langue poétique, très précise et très lumineuse. C’est un roman lumineux. L’expérience mystique au sens fort du terme sera une partie intéressante de l’aventure (loin des clichés du genre). Tout autant que l’aventure de reconstruction physique du corps brisé d’Alice. J’ai particulièrement aimé le rapport à la perception du son intérieur-extérieur à son corps. Les liens entre l’accident et les conflits qui l’ont secouée bien avant, ne sont pas sans rapports. Alice ose confesser qu’elle n’aime pas son fils, assume sa part de méchanceté (lisez la scène du poisson rouge, qui mêle humour et cruauté !). Progressivement le lecteur soutien les efforts d’Alice qui livre une part de sa mémoire passée tentant de se construire un avenir. Nous restons au chevet et son rythme est le nôtre. C’est ce sens du tempo juste qui crée le bel équilibre de ce livre fragile.

Extrait de la quatrième de couverture : « ce voyage dans le chantier organique et le monde clos qu’est l’hôpital est aussi un roman puissamment initiatique sur les séductions exercées par la mort et la maladie à certaines étapes de l’existence, quand s’instaure un rapport inédit à la vérité, voire à une forme de spiritualité ».

Des vies d’oiseaux de Véronique Ovaldé

(éd. L’olivier)

viesoiseauxUne écriture très travaillée qui joue (comme dans son précédent roman Ce que je sais de Véra Candida) du charme d’un certain exotisme. Pourtant pas de clichés, mais un parfum fleuri qui convoque les images dont le lecteur situera lui même les lieux. Un roman bien écrit, peut être travaillé plus finement que le précédent encore, et pourtant l’imaginaire est moins riche, la situation comme l’éternelle trilogie (femme, mari, amant…) moins extravagante. Ce livre est pour moi moins coloré, moins intrigant que le précédent.

Je ne partage pas les termes de « grace hypnotique » avancés par Télérama. La scène joliment intitulée « La peau » ne tient pas tout à fait la promesse d’une scène à classer dans les anthologies déjà riches sur ce sujet de la « scène d’amour ». Je préfère la scène de rencontre entre Paloma (la fille de Vida) et le jeune Adolfo à la piscine… intitulée « une architecture à mon échelle ».

Chaque chapitre comporte un titre en forme d’ellipse. Une manière d’assumer un genre littéraire aussi accessible qu’ une chanson de Souchon* : « mon bonheur privé » « la mémoire pointillée » « mon coeur en sautoir »…

La psychologie des personnages est assumée, dans un genre parfois un peu trempé, mâtiné d’ auto-dérision. « Vida se lève de la table durant la soirée et, en passant dans le couloir, elle aperçoit son reflet dans le miroir. Ce qui lui crée un léger choc. Elle se sent ridicule dans ses voiles verts, on dirait une Grace Kelly inconsolable, l’une de ces femmes qui boivent trop de gin tonic dans les films brésiliens des années soixante. »

En filigrane l’égalité homme femme et les inégalités sociales perchent sur les mêmes branches ces vies d’oiseaux qui finissent par prendre leur envol.

*(ce qui est pour moi un vrai compliment).

Extrait… introductif !

« On peut considérer que ce fut grâce à son mari que madame Izarra rencontra le lieutenant Taïbo. Monsieur Izarra avait tenu à appeler le poste de police, un soir d’octobre 1997, malgré l’heure tardive et le caractère sans urgence de son appel, afin de déclarer qu’il leur semblait avoir été cambriolés mais que rien, et il avait insisté étrangement sur ce point, ne leur avait été dérobé ».

Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine De Vigan

(éd. J.-C. Lattès)

opposenuitLes critiques parlent de « pudeur » c’est dire si ce que livre Dephine De Vigan est un texte réussi.

Car cette saga familiale ne se concentre pas toujours sur le personnage de la mère (ce que l’on lit pourtant partout dans la presse) mais j’apprécie personnellement beaucoup d’avoir rencontré Liane grand-mère joyeuse et courageuse. Un beau personnage qui refuse de voir le mépris de son mari qui la croit sotte. Cette grande famille chahutée par un destin tragique nous offre aussi un retour dans une histoire récente revisitée avec un sens du détail jamais vain. L’autre personnage du livre c’est l’auteur. Elle nous fait régulièrement part de ses questions, ses scrupules, ses doutes, dans cette entreprise d’autobiographie familiale.

L’écriture est fluide et sans affèterie aucune, comme si l’auteur se méfiait de toute tentative esthétique qui pourrait nuire à la sincérité de son entreprise.

La mère nommée par son prénom, Lucile, déjante avec un talent que seule Brigitte Fontaine, pourrait égaler. Néanmoins sa pathologie se fait lourde et tragique enfin. Un très bon livre ! Extrait :

« La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence. Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. »

Je vous invite aussi à lire et à faire lire aux ados de votre entourage No et moi paru en 2007. Un roman de fiction, qui met en rapport une jeune collégienne et une jeune femme sans domicile fixe.

Retour à Killibegs de Sorj Chalandon

(éd. Grasset)

retourakillybegsJ’avais beaucoup aimé son précèdent livre « Mon traitre », voici que l’auteur repart de cette même histoire et nous dit pourquoi.

Paroles de l’auteur glanées sur le site de son éditeur :

« Une nuit de décembre 2005, j’ai écrit le mot effroi sur mon carnet. Le premier qui m’est venu. Je l’ai entouré de dizaines de cercles noirs, jusqu’à ce que le papier cède. Je venais d’apprendre que Denis, un ami irlandais, trahissait son pays depuis 20 ans. Et son combat, et sa famille, et tous ceux qu’il avait serrés dans ses bras. Effroi, ce fut le premier mot. Il a donné naissance à Mon traître, publié chez Grasset en 2008.

Ce livre était un roman. Un masque. J’avais vieilli mon traître, changé son histoire. Je lui avais sculpté un autre visage, donné un autre regard que le sien. Et moi, je m’étais fait luthier. Pas journaliste. Surtout pas. Qu’est-ce qu’un journaliste pouvait bien faire dans une histoire d’amour ? Dissimulé derrière l’effroi d’Antoine le Français, j’ai ainsi raconté l’histoire de Tyrone l’Irlandais.

En secret aussi, j’essayais de comprendre, d’accepter, de ne pas cesser de l’aimer. Avec la trahison, la confiance était pourtant morte, et aussi l’amitié, la dignité et tellement de certitudes. Quatre mois plus tard, Denis était assassiné. Alors j’ai tué Tyrone à sa suite ». Sorj Chalandon

Retour à Killybegs raconte donc la même histoire, d’un autre point de vue, puisque nous avons là véritablement l’autobiographie de Tyrone Meehan. On y retrouve d’ailleurs Antoine, mais comme personnage secondaire, et vu par les yeux de Meehan. Avec ces deux romans sur l’Irlande, mais aussi son précédent La Légende de nos pères, Sorj Chalandon poursuit cette interrogation : qu’est-ce qu’être un héros, un lâche ou un traître en temps de guerre ? Dans Retour à Killybegs, le suspense dure jusqu’au bout et nous assistons à une formidable observation du mécanisme de la trahison; mais aussi, plus banalement, de la renonciation, des compromissions qui paraissent inévitables, de la bonne conscience…

Au delà de cette plongée généreuse dans les pubs ou autres lieux irlandais, QG de l’Ira, ce livre pose une question qui peut largement dépasser ce contexte précis pour nous interroger individuellement sur ce mot de « trahison ».

Assurément une bonne lecture !

Le ravissement de Britney Spears de Jean Rolin

(éd P.O.L.)

ravissementbritneyspearsOn a forcément envie de lire un livre qui porte ce titre publié par P.O.L !

Le facétieux Rolin nous embarque dans une enquête abracadabrantesque et vaine. Hélas je n’ai pas ri une seule fois. Ce qui n’est pas juste et conforme au projet du livre, non ? Ne connaissant pas une seule des consœurs de la dite Britney, le petit monde branché de Los Angelès m’est totalement étranger et le livre bruît de multiples voix & conversations aussi creuses qu’étouffantes. On imagine que Rolin traque là dans ces pépiements une langue poétique…

Amateurs de suspens abstenez-vous. Le roman se traine et le réalisme volontaire qui accumule par principe une masse de renseignements absurdes et forcément véritables inquiète le lecteur que je suis : monsieur Rolin, avez-vous lu réellement tant de numéros de la presse people américaine ? Ok so you must be hype and trendy !

Pour amateurs, donc !

Lydie Salvayre – Hymne

(éd Seuil)

hymneJe suis assez fidèle comme lecteur. Quand un auteur me parle, je veux dire que je me sens concerné par ce qu’il dit tout autant que par son écriture, je lis et reste curieux de ses livres. Lydie Salvayre fait partie des gens que j’ai envie d’écouter…  Ce livre ne  pourrait être qu’une biographie de plus sur Jimi Hendrix… Mais cet hymne américain qu’il joua à la fin des années 60 résonne comme l’écho d’une génération qui nous questionne aujourd’hui encore. L’auteure revient sur le contexte de l’Amérique des années 60 « vernissée, cocardière et sûre de son droit » ; le Vietnam, l’apartheid… L’auteure passe des éléments de biographie à une prose intime qui semble surgir des pensées d’Hendrix, son ras le bol d’être exploité par son manager, l’enfant timide à la mère absente… la drogue, la déchéance. Le ton venimeux de son livre précédent BW sert ici à viser juste et abreuve les sillons de cet « Hymne » magistral. On comprend ce que Lydie Salvayre vient chercher là, un courage, une énergie, une rage…  électrique, qui nous fait parfois défaut.  J’ai eu le bonheur de mettre en voix un texte plus enragé qu’engagé du même auteur dont je vous conseille la lecture : Passage à l’ennemie, qui revient sur la période où un certain Sarkozy était ministre de l’intérieur.   MF

bw-jimi-hendrix

Extrait : « C’est de The Star Spangled Banner que je parle. C’est de ce morceau si légitimement fameux que Jimi Hendrix joua à Woodstock le 18 août 1969, à 9 heures, devant une foule qui n’avait pas dormi depuis trois jours, et que j’écoute des années après, dans ma chambre, avec le sentiment très vif que le temps presse et qu’il me faut aller désormais vers ce qui, entre tout, m’émeut et m’affermit, vers tout ce qui m’augmente, vers les œuvres admirées que je veux faire aimer et desquelles je suis, nous sommes, infiniment redevable. »

Carole Martinez – Du domaine des murmures

éd Gallimard

dudomainedesmurmuresRencontrer Carole Martinez chez une amie, c’est, à l’image de l’ histoire de cet auteur, un petit conte de fées. Pourquoi ? Parce que Carole Martinez incarne ce qu’il y a de plus enthousiasmant et super rare dans le monde littéraire, un auteur inconnu qui, parce qu’elle a du talent, connait un succès fulgurant avec  un très bon premier roman… populaire et absolument  bien écrit ! Alors après Le cœur cousu, on a tout simplement envie de lire le suivant ! Carole Martinez livre ici un conte inédit. MF

Extrait : « Je suis l’ombre qui cause.

Je suis celle qui s’est volontairement clôturée pour tenter d’exister.

Je suis la vierge des Murmures.

À toi qui peux entendre, je veux parler la première, dire mon siècle, dire mes rêves, dire l’espoir des emmurées. […]

J’ai tenté d’acquérir la force spirituelle, j’ai rêvé de ne plus être qu’une prière et d’observer mon temps à travers un judas, ouverture grillée par où l’on m’a passé ma pitance durant des années. Cette bouche de pierre est devenue la mienne, mon unique orifice. C’est grâce à elle que j’ai pu parler enfin, murmurer à l’oreille des hommes et les pousser à faire ce que jamais mes lèvres n’auraient pu obtenir, même dans le plus doux des baisers. […]

Entre dans l’eau sombre, coule-toi dans mes contes, laisse mon verbe t’entraîner par des sentes et des goulets qu’aucun vivant n’a encore empruntés. Je veux dire à m’en couper le souffle.

Écoute ! »

Thomas Vinau – Nos cheveux blanchiront avec nos yeux

éd. Alma

nos-cheveux-blanchiront-avec-nos-yeux-bigUn premier roman d’un jeune auteur…et une toute nouvelle maison d’édition : Alma Editeur.

La forme de ce roman est-elle vraiment nouvelle ? Non, je ne crois pas. Mais il s’agit ici d’un livre qui raconte deux moments de la vie d’un homme avec une certaine délicatesse. Walter quitte la femme qu’il aime parce que « quand on aime il faut partir » dit le poète Blaise Cendrars cité en exergue.  Puis Walter revient vers la femme qui entre-temps lui a donné un fils. Les courtes séquences dressent un portrait de père qui à présent collectionne signes et petits riens. Je ne peux alors m’empêcher alors de me souvenir de Delerm à l’époque de la première gorgée de bière. Néanmoins des deux parties j’avoue être plus séduit par l’errance et la fuite du début… MF

Extrait : Moby Dick

Le port est plein de perdants magnifiques. Walther hésite entre deux chalutiers des grands fonds. l’Achab et le Terre-Neuve. Il opte pour le premier et vient s’agglutiner à la longue file des demandeurs d’emploi. Merlan, cabillaud, thon ? lui demande le capitaine.

Il répond par un signe de tête et se retrouve embarqué sur le pont de l’Achab à cinq heures du matin. Destination : l’archipel de Svalbard, en Norvège.

Vincent Almendros – Ma chère Lise

éd. Minuit

macherelise-vincentalmendrosLa première phrase : « Lise s’amusait d’un rien, en l’occurrence de moi ».

C’est l’histoire d’un prof qui donne des cours à une jeune ado d’une famille bourgeoise, il croit être tombé amoureux de sa jeune élève jusqu’au moment où arrive la meilleure amie de cette jeune fille… On pense à Sagan, peut-être pour cette écriture un peu classique, qui crée une atmosphère feutrée, d’une belle tenue. On s’amuse à imaginer cet auteur, qui est lui-même à l’instar de son personnage…professeur de collège ! À 32 ans il risque de perturber plus d’une collégienne. Liront-elles davantage ? MF

Annie Ernaux
L’autre fille, éd. Nil (coll. Les affranchis)

7671165590_l-autre-fille-de-annie-ernaux-editions-nil« Je vais aller voir la Sainte Vierge et le bon Jésus », avait-elle dit, pieuse, courageuse. « Elle était plus gentille que celle-là », avait ajouté sa mère. Celle-là, c’était Annie. Annie Ernaux, auteur de L’autre fille. Un livre court et terrible, par l’auteur chevronnée et maitre de l’autobiographie. Paru en ce mois de mars 2011.

Laurent Mauvignier
Ce que j’appelle l’oubli, éd. de Minuit

cequejappelleloubliUn homme entre dans un supermarché, ouvre une canette de bière et la boit. Les vigiles l’arrêtent. En forme de longue lettre adressée au frère de cet homme, cette fiction est inspirée d’un fait divers survenu à Lyon en 2009. Nouveau livre de Laurent Mauvignier, cette longue phrase semble n’avoir été écrite que dans le but d’être apprise par cœur et déclamée sur une scène. À lire, à écouter lire… Paru en ce mois de mars 2011.

Septembre : Rentrée littéraire

Tout au long de l’année, venez écouter  nos cafés littéraires.  Pour le simple plaisir d’entendre de beaux textes et de découvrir romans récents et jeunes auteurs.

Chaque mois, Marc vient à votre rencontre à L’éprouvette-Théâtre à Colomiers mais aussi dans les médiathèques, associations culturelles…

France 80 de Gaëlle Bantegnie (Gallimard, coll. L’Arbalète)

France-80Premier roman.  Réservé en priorité aux amateurs des années 80, avec l’humour en cadeau Bonux !

Elle a la fantaisie d’un Prévert ou d’un Perec pour aimer ainsi les listes et les inventaires désordonnés, mais Gaelle Bantegnie a un vrai talent de romancière qui assemble situations, objets et personnages. Après une introduction assez formelle les ingrédients sont sur le comptoir. Dans le shaker, un bon zeste d’humour et le cocktail est aussi frais que ceux que nous dégustions en boite, au Louxor, « à l’époque ». Vous vous souvenez ?

Présentation de l’éditeur :  (…) Patrick Cheneau n’emmènera jamais Claire danser au Louxor dans sa Fuego bleue ; Claire Berthelot n’invitera jamais Patrick à la boum du collège salle 215. Claire et Patrick ne se connaissent pas Ça ne les empêchera pas de tomber amoureux de Nadine, de passer en seconde G, de devenir VRP, de se décolorer en blonde, de coucher avec ses clientes, de passer l’aspirateur, d’être bourré au gin-fizz, de se faire tripoter par John, de jouer au Trivial Pursuit, d’écouter Like a virgin dans un walkman flambant neuf.

Ouragan de Laurent Gaudé (Actes Sud)

ouagan_laurentgaudeUn livre fort tant par son décor apocalyptique que par son écriture lyrique.

La tempête sur la Nouvelle Orléans inonde la ville faisant sortir les personnages des maisons, des prisons ou de tous les asiles qui menacent de s’effondrer. Il y a surtout Joséphine, vieille femme noire qui tire sa force des stigmates de l’apartheid. Sa voix est un beau chant lancinant.

Est-ce un hasard si Keanu revient à ce moment de désordre et de chaos, vers Rose, qu’il a quitté six ans plus tôt ? Où, le petit enfant Byron, trouve-t-il sa résistance à toutes formes de peurs ?

Tockpick et ses co-détenus libérés grâce à une coupure du courant seront-ils pour autant libres de s’échapper des mains de leurs geôliers et des policiers ? Qui est cet homme à la silhouette improbable qui s’avance un hachoir à la main, cherchant à rejoindre le cimetière ? Chacun nous parle tour à tour. Je les imagine tous, flottants comme des bouteilles en messagers de leurs histoires particulières, croisant les alligators qui entrent en ville !

Laurent Gaudé trouve une voix nouvelle. Ce livre est très différent de l’univers d’un livre assez faible (selon moi) paru en 2004 « Sous le soleil des Scorta » pour lequel il avait (néanmoins) obtenu le Goncourt !

Extrait du site de l’éditeur :

Au coeur de la tempête qui dévaste la Nouvelle-Orléans, dans un saisissant décor d’apocalypse, quelques personnages affrontent la fureur des éléments, mais aussi leur propre nuit intérieure. Un saisissant choral romanesque qui résonne comme le cri de la ville abandonnée à son sort, la plainte des sacrifiés, le chant des rescapés.

Le sel de Jean-Baptiste Del Amo (Gallimard)

lesel_jeanbaptistedelamoJe me souviens bien de son premier roman en 2008 L’éducation libertine qui mettait en scène un personnage du moyen âge. Un frère du Grenouille inventé par Patrick Suskind dans son célèbre roman Le parfum. L’éducation libertine, ne craignait aucune comparaison tant ce jeune auteur avait mis tout son art narratif et stylistique au service d’un livre d’un autre temps. Une écriture riche, coruscante jusqu’à l’excès parfois. Un style qui ici globalement s’affine, se débarrasse de ces scories (demeurent quelques préciosités : «  … quelque chose dans cet empressement avait instillé une crainte en Albin.. »). Le personnage principal est assurément la ville de Sète (son port intérieur, son bassin de Thau, ses marins, ses plages…). Habitent ce grand corps maritime, cette nasse, la famille du marin-pêcheur Armand, patriarche autoritaire père deux fils Albin et Jonas. Ces deux là sont aussi différents que le sont parfois les fratries. La fille est Fanny, la mère est Louise. Chacun des membres de cette généalogie présentera ses conjoints et sa descendance. Fanny est l’épouse de Mathieu. Martin et Léa leurs enfants. Jules et Camille, fils jumeaux d’ Albin et d’Emilie. Antonio est le frère d’Armand. Anna est la belle sœur de Louise. On ne se perd pas pour autant ! Le livre s’ouvre sur l’attente d’ un repas de famille.

L’étrange va et vient entre la richesse d’écriture et l’efficacité de paroles plus simples prend bien quand l’auteur pose en italique les pensées intimes de ses personnages (en français comme en italien) « Elle penserait : Ai-je échoué à protéger les décombres de leur vies ? Suis-je comme toutes les mères, une perdante ? Elle souriait pourtant, consciente de l’auréole d’or qui draperait ses épaules une fois encore, ils la croient indéfectible ».

On passe des rapports « père/fils » P165 à une scène à l’érotisme gay (sans complaisance & superbement écrite) P166 : le jeune Jonas découvre ses premiers émois. L’écriture incisive mord dans toutes matières pour en découvrir curieusement les saveurs les plus incongrues P50 quand le personnage d’Albin, lui, rechigne à embrasser son défunt grand-père « à la lueur d’une lampe de chevet sur laquelle un napperon avait été étendu, les mailles du crochet dessinaient sur les murs et la joue de l’aïeul une vérole ombrageuse ».

On a l’impression que l’auteur ose tout -à l’instar d’un olivier Py – mêlant toujours sang, sperme, larmes et une vie qui éloigne cette histoire de tout drame définitif. Car c’est bien l’énergie qui pousse le lecteur à dévorer ces pages. Pari réussi pour ce deuxième livre différent et proche de notre découverte récente de ce nouvel auteur.

MF

Avec Bastien de Mathieu Riboulet (éd. Verdier)

Avec-BastienRésumé d’éditeur : Bastien a la trentaine. Il a passé son enfance en Corrèze dans un hameau isolé, au sein d’une famille aimante. À huit ans il tombe amoureux de Nicolas, un de ses camarades de classe, qui disparaît peu après dans un accident de voiture. N’ayant pu consacrer sa vie à ce garçon, Bastien la consacrera aux hommes que le hasard mettra sur sa route.

Un livre dont tout nous secoue. Le style élégant, raffiné, sans manières inutiles est d’une efficacité redoutable. On ne peut ignorer que cet auteur travaille sa prose avec grand talent. Riboulet est assurément un grand auteur.

Le sujet donne un visage à la pornographie-gay, que pratique Bastien avec fraicheur et appétit, comme il pratique par ailleurs, l’alpinisme ou le métier de serveur… Le corps de Bastien exulte.

Le narrateur qui le voit sur son écran vidéo tombe en amour pour tout ce qui fait Bastien à ses yeux.

La « mise en scène » de ces films passe par une description de la « table » (qui remplace le lit) et qui forme un autel avec son décorum, sa dimension sacrée, sacrificielle…

J’ai eu la chance d’écouter lire Mathieu Riboulet, un extrait avant publication, lors de « Paris en toutes lettres ». Rarement un auteur n’a présenté un tel respect pour son texte, lu droit et sans affect, concentré sans pudeur ni pédanterie. Je conseille ce livre tout en étant assez conscient qu’il peut en choquer certains(nes).

MF

Extrait :

Bastien se moque de la fraîcheur du grenier, du mauvais plancher qui lui fiche des échardes dans les pieds, quand on se mesure au ciel on ne s’arrête pas à de tels détails, on le défie en fille même si on est un garçon, surtout si on est un garçon. On y lève les bras quand bien même les jupons n’ont pas de manches, on se sent prêt aux cruautés les plus sombres, à s’en aller défier les plus terribles monstres, en un mot en fille on est cent fois plus courageux… Bastien n’a pas peur d’avoir découvert ça, mais il a peur d’en parler, il sent que ses frères ne verraient pas les choses de cet œil. Bastien remet les affaires dans la malle, il ne cessera plus de s’habiller en fille dans les interstices que les temps et les lieux qu’il traversera lui laisseront pour se faufiler dans l’immense courage féminin.

Le jour du roi – Abdellah Taïa (éd. du Seuil)

9782021002539Beau titre pour ce roman. On pense à « Corps du roi » de Pierre Michon. Hélas… l’auteur peine ici à ficeler ce livre à l’érotisme lourd et répétitif (il semble partager le goût de l’auteur de « La mauvaise vie » son ami Frédéric Mitterrand, pour les jeunes garçons qu’il déshabille à longueur de pages…le nombre de fois où il écrit, fasciné par eux, ces deux mots : « CORPS- NU » finit par tuer leur beauté ). Les deux jeunes protagonistes n’ont que peu d’ autonomie et la voix adulte de l’auteur t, psychologise trop souvent.

Du rêve et ses glissements fantasmatiques, on passe à l’exotisme bien réel, au charme du terroir marocain. Le roi (Hassan II) ne viendra pas et l’on finit même par perdre sa trace, l’onirisme aussi.

Reste… le courage d’un homme que l’on salue plus pour son engagement contre l’homophobie dans les pays arabes, à travers ses livres et ses interview. Abdellah TAÏA affirme son orientation sexuelle qui bouscule les médias arabophones comme sa famille. Il est un « zamel » un pédé, comme on crache ce mot en arabe. Lorsqu’ils parviennent à se procurer ces livres, les jeunes homos maghrébins en font une icône.

EXTRAIT :

« Cette course était celle de Khalid. Ce serait peut-être, la dernière entre nous. Pour la dernière fois nos deux corps en train de courir, de souffrir, de se dépasser pour rien. La dernière fois à égalité. La dernière fois emportés tous les deux par le même souffle, la même inspiration. Adolescents de presque quatorze ans, encore un petit moment dans l’enfance. La dernière fois pour Khalid de jouir de cette joie simple qu’il trouvait à être avec moi. La retrouverait-il un jour quelque part ? Avec qui ? ».

Des gifles au vinaigre – Tony Cartano (Albin-Michel)

desgiflesauvinaigreQuand l’auteur parle de ce livre il dit qu’il s’est mis « face au toro ». Un sujet maintes fois « taquiné » à travers ses précédents ouvrages «  j’ai longtemps rêvé, on l’aura compris, de l’invention grâce à laquelle j’allais échapper, après tant d’années d’atermoiements, à l’examen de conscience, à la rigidité calculatrice de l’autofiction ». Il s’approprie le personnage de son père, héros de la guerre civile espagnole. Hélas cette histoire contée longtemps après ses souvenirs d’enfants font de cette autobiographie un ensemble d’images vieillottes. La langue parfois mélodramatique ne génère pas l’émotion attendue. Ce qui peut-être pourrait nous toucher est à l’opposé du monument : c’est la figure d’un héros ordinaire, « d’un révolté ordinaire » comme il y en eu un certain nombre. C’est ce courage qui nous intéresse aujourd’hui. Ce témoignage s’ajoute à d’autres voix qui sont toutes certes légitimes, bonnes à entendre… Ici néanmoins, quelques belles pages dont voici un morceau choisi :

« Je trouve tous les jours, à chaque minute, les bribes de chemin qui me conduisent vers le dénouement. C’est à souhaiter, car à chaque pas, maladroit trébuchement ou double saut périlleux arrière, s’arrachent des morceaux de ma peau, se démantèle un peu plus l’architecture douloureuse de mon corps fatigué. Le plus étrange, cependant c’est que tout ce qui, dans l’usure de la vie courante et des sentiments, vise à m’affaiblir, à me réduire un peu, à me tuer, quoi!, me redonne de la force, le désir de la transgression. »

Les assoiffées – Bernard Quirigny (éd. du Seuil)

lesassoiffeesC’est un premier roman.
Le sujet bien sur en amusera plus d’un ! Les femmes au pouvoir, dans un pays vidé, débarrassé des hommes et de leur suprématie séculaire. Ce pays presque imaginaire s’appelle la Belgique (que l’auteur chahute en frère). Le principe est posé, amusant. Son regard pointe sur les régimes révolutionnaires, totalitaires (Cuba avec une « Chée » Belge ? Une figure féminine comme la femme politique du couple de dictateurs roumains Elena Ceausescu). Mais le bouquin est long-396 pages- et l’auteur peine à nous intéresser vraiment, à nous surprendre. Rien de nouveau sur le rapport féminin-masculin, l’évolution du féminisme. Au contraire les clichés défilent. En quatrième de couverture on nous signale les divers prix et distinctions qu’il reçut pour ses précédents textes (contes et nouvelles que je ne n’ai pas lu, malgré de chaleureuses recommandations-ndr-) dont un « Prix du style » ! Il est heureux que l’éditeur ait pris le soin de nous indiquer que nous étions entre de bonnes mains car on en doute parfois tant l’écriture paresse, truffée d’expressions faciles régulièrement décevantes.

Un principe de narration retient mon intérêt : la vision croisée d’un groupe d’observateurs français invités par le régime (..ah ces journalistes !.) que l’on « balade » dans tous les sens du terme, et celle d’une femme Astrid « enrôlée » par la « Bergère(*) » dont on suit en parallèle, le journal intime, révélateur d’une toute autre vérité. Plus riche…Montesquieu balise le chemin d’Astrid en de courtes citations glanées dans la bibliothèque de l’Empire. On voit mieux, un instant, où ce livre nous mène : « L’extrême obéissance suppose l’ignorance de celui qui obéit ; elle en suppose même de celui qui commande ; il n’a point à délibérer, à douter ni à raisonner ; il n’a qu’à vouloir. » Montesquieu.

*terme désignant la guide suprême de l’Empire

Enlèvement avec rançon – Yves Ravey (éd. de Minuit)

enlevementavecranconLivre déroutant !
Il écrit ici un faux polar où chaque mot n’est pas un détail. Il s’amuse de cette histoire courte qui flirte avec l’absurde. Une sombre histoire. Presque comique comme les noms dont il affuble ses protagonistes : les frères Jerry et Max, ou Salomon Pourcelot le père Samantha* Pourcelot, jeune raptée. (*clin d’œil franco-américain assumé !). Dans un décor de neige où chacun ajoutera sa touche de cinoche (que l’on soit plus Derrick-dans ce cas la neige sera verdâtre- ou plus Hitchcock du blanc, du noir et paf du rouge !) Cruelle, cette histoire d’enlèvement ne mérite pas que je vous la raconte tant l’intrigue est simple, la finalité crapuleuse et vengeresse. C’est là tout le charme de cette écriture qui dépasse nettement le cadre du polar. Enlèvement avec rançon est un livre agréable à lire. L’écriture bien maitrisée n’offre que du nerf de beef, pas de bout de gras ! Bravo.

Résumé de l’éditeur :

Max et Jerry ne se sont pas revus depuis que Jerry a quitté la maison familiale pour l’Afghanistan. Max, son frère, est resté comptable dans une entreprise d’emboutissage.

Et, si, un soir, Jerry passe la douane en fraude pour un retour de quelques heures parmi les siens, c’est que, comme Max, il poursuit un objectif qui devrait lui faire gagner beaucoup d’argent. Le plan ne peut échouer. Quitte à employer les grands moyens.

Le wagon – Arnaud Rykner (éd. du Rouergue)

Collection La brune

 le_wagon« Tout ce qui est écrit est vrai. Tout ce qui est inventé ici est vrai aussi. » Ainsi nous prévient l’auteur. A moi lecteur, Arnaud m’envoie amicalement son livre il y a quelques semaines avec cette dédicace que je ne comprends pas d’abord : Pour toi, ce livre impossible à lire.

A présent oui, la formule n’était pas un signe d’humour mais une mise en garde. La plage et le vide de l’été m’ont offert un temps idéal pour laisser agir ce livre incandescent (incandescent, ce terme est peut être indécent et rejoint en cela toute la question de la légitimité de cette écriture…) Faut-il être juif pour écrire sur la Shoah ? Faut-il avoir été déporté pour parler des camps ? La réponse (pour moi) tombe sous le sens. Tout être humain, quelle que soit son identité, peut chercher et questionner cette histoire là aussi. Arnaud Rykner n’en fait pas « un sujet, un motif ».  S’il parle de la barbarie, il parle aussi de lui, de ses craintes, de sa force. Ainsi, il nous parle aussi directement, c’est ce qui me touche. Rien ne nous est épargné, aucun détail sordide et important, car ici tout est important jusqu’à l’issue fatale. Seule, quand la vie disparait plus rien n’a d’importance. Ce wagon qui roule vers Dachau devient pour les hommes qui y sont entassés une ultime expérience de vie. Un laboratoire humain, inhumain. À l’instar d’autres expériences réalisées par les nazis à la même époque… pourtant celle-ci semblerait presque inorganisée. Un wagon lancé dans la précipitation avec une cruauté aveugle et démente. J’y vois les loups dont parle De Vigny  « l’homme est un loup  pour l’homme ». Dans le wagon, s’improvise une organisation inhérente à toute société humaine où toujours s’exerce l’autorité des uns, la confiance ou la faiblesse des autres. Un pauvre monde d’une grande richesse de sentiments. Arnaud Rykner ne cède pas au lyrisme à outrance. L’écriture est tendue. Le lecteur aussi. Une écriture qui flirte avec les limites, tout ici est limite. Limite de l’indicible, limite de l’horreur, limite de l’imaginable, limite et frontières terrestres au delà de quoi tout s’effondre, tout espoir borné quand le wagon arrive…

« Ce n’est pas un livre d’Histoire. L’histoire est bien pire. Irréelle. Ceci est un roman ». (A.R.)

Prix du Livre-Inter

À tous les « supporters passionnés » de nos soirées littéraires nous sommes heureux  de communiquer le nom du lauréat 2010 du prix du Livre Inter. C’est une lauréate, elle est âgée de 27 ans, et a publié cette année son premier roman aux éditions du Seuil. Elle s’appelle Cloé Korman. (Nous avions déjà parlé de son livre lors de nos dernières rencontres mensuelles ! Ndlr)

PARIS: Cloe Korman prepares for release of first novelCloé Korman est née à Paris en 1983. Elle a étudié la littérature, en particulier la littérature anglo-saxonne, ainsi que l’histoire des arts et du cinéma. Elle a vécu deux années à New York et voyagé dans l’ouest des États-Unis, de la Californie au désert d’Arizona. Elle a découvert le Mexique, où a lieu l’intrigue des Hommes-couleurs, lors d’un séjour en 2005 dans les Etats du centre, entre Oaxaca et Zacatecas. Les Hommes-couleurs (Seuil 2010) est son premier roman.

Dans les Hommes-couleurs, elle s’est inspirée de ses voyages dans l’ouest des États-Unis pour raconter l’histoire d’un tunnel à pétrole utilisé par des émigrés clandestins venus du Mexique. Ce que résume ainsi le site de France Inter :

« Un couple, employé d’une multinationale, dirige les travaux d’un tunnel destiné à livrer du pétrole mexicain vers les USA, au mépris des lois du pays. Le tunnel devient la voie de passage des émigrants mexicains. Le couple se retrouve, au fil des années, complice de ces passages clandestins, car le tunnel est long à percer. Ce qui permet à l’opération de durer c’est que le responsable du chantier au sein de la multinationale à New-York est un amateur et un trafiquant d’objets archéologiques que les ouvriers découvrent (et se mettent même à fabriquer). À cette intrigue de fond, se mêle étroitement une intrigue intime.»

Juin : Marathon des Mots, Toulouse

La Cie Paradis-éprouvette participe au Marathon des Mots 2010. Lectures de textes philosophiques : Le jardin de Platon, Autour du livre de Gwenaëlle Aubry, Le dégoût de la laideur, Le jardin d’Emmanuel Kant… place du Capitole.

Autour de Walter Benjamin, Chapelle des Carmélites.

Lectures-spectacles pour la jeunese à la médiathèque Cabanis.

Le programme est ici.

Mai : prix du Livre Inter

livreinter2010

• Cloé Korman, Les hommes-couleurs, (éditions du Seuil) Premier roman de cette jeune femme, née en 1983. À la fois intrigant et politique, l’exil et les migrations…

• Geneviève Brisac, Une année avec mon père (éd. L’Olivier) Auteur de sept romans dont Week-end de chasse à la mère (prix Fémina 1996)

• Éric Chevillard, Choir (Minuit) Mélange habile de désinvolture et de haute précision stylistique : roman loufoque & virtuose !

• Jakuta Alikavazovic, Le Londres-Louxor (éd. L’Olivier). Scénario théâtral plein de rebondissements, qui finalement est un conte.

Avril : Stefan Zweig

lesderniersjoursdestefanzweigStefan Zweig, l’écrivain autrichien auteur d’Amok, de Vingt quatre heures de la vie d’une femme, de La confusion des sentiments, a décidé de quitter la vie en compagnie de son épouse fuyant définitivement le nazisme et la barbarie. Ce livre délicat est tout à l’image de Zweig auquel il rend un hommage sensible et subtil.  Laurent Seksik, médecin et romancier n’écrit pas ici une enquête historique mais un vrai livre inspiré par le grand  auteur  du XXe, Stephan Zweig- le Viennois le plus raffiné, juif athée, intellectuel et voyageur. Le livre nous entraîne dans sa fuite des fastes de Vienne pour une mort amazonienne au Brésil en compagnie de son épouse. Deux fioles de petits cristaux blancs ont été préparées… un filtre d’amour éternel.

Né en 1962  Laurent Seksik a publié trois romans chez J-C Lattès et une biographie d’albert Einstein (Gallimard Folio).

Petit salon littéraire  entièrement consacré à l’œuvre de Stephan Zweig !

À l’occasion de la publication récente du roman Les derniers jours de Stéphan Zweig écrit par Laurent Seksik (éd. Flammarion), retour sur les grands romans de Zweig. Le comédien Marc Fauroux nous lit un ensemble d’extraits des plus belles pages de cet auteur fabuleux. Écoutez voir !


Pour info… La Centrale, roman d’Élisabeth Filhol (éd. P.O.L.)  présenté lors de nos « petits salons littéraires » vient de recevoir le prix France-Culture-Télérama !

Mars : Couleur femme !
Dans le cadre du Printemps des Poètes 2010

«… la femme a le plus souvent été cantonnée à un rôle subalterne : muse, confidente, consolatrice… Mettons en lumière l’apport des femmes romancières, poètes et leur présence remarquable dans la création contemporaine… ».

Entre la journée de la femme ( un appui international toujours utile !) et le printemps des poètes décliné au féminin cette année. Le petit salon littéraire itinérant fait la part belle aux femmes créatrices et poètes : Andrée Chédid, Brigitte Fontaine,  Michèle Grangaud, Taslima Nasreen , Nathalie Quintane… Le dernier prix Fémina attribué à Gwenaelle Aubry Personne (Mercure de France) et… Michèle Gazier :

LA FILLE roman de Michèle Gazier (Seuil)

lafilleMarthe est née d’une mère autoritaire et d’un père peu concerné par la paternité. À la mort de celui-ci, au lendemain de la Première Guerre mondiale, la veuve, ses deux grands enfants, une fille et un garçon, et la petite dernière âgée de deux ans, s’installent dans le sud de la France. Marthe grandit dans l’univers clos de la maison, de la famille, sous le regard omniprésent de la mère et en l’absence de toute image paternelle. Comment s’épanouir, aimer, à l’ombre d’une mère qui professe la vertu et la haine de la chair et des hommes ?

« Encore un livre qui avait peu de chances de m’attraper ! Une histoire de l’ancien temps en territoire rural ! Mais un temps où les jeunes femmes françaises devaient se battre pour exister dans de nombreux domaines. Et voici le pays de Marthe. Un pays de femmes. Un roman qui se laisse saisir par la lorgnette d’un Pagnol qui aurait campé là son petit théâtre. Néanmoins ici, aucun accent de caricature. Tout est juste et cousu avec précision comme l’ouvrage de Marthe, érigé en art. Les portraits sont beaux. On plonge dans la profondeur des abandons de Marthe et les abus de sa mère. Parfois bouleversant. Jamais sensationnel. Tout simplement étonnant ».

Écrivain, auteur de seize livres, Michèle Gazier a longtemps tenu la chronique littéraire de « Télérama » et a aidé à la découverte de la littérature espagnole contemporaine en proposant et traduisant des auteurs, alors inconnus en France. » MF

couleur garçon ?

Biographie de Pavel Munch de Pascal Morin (Le Rouergue)

pavelmunchAu centre de cette biographie fictive d’un sculpteur de renom, grand amateur de garçons, il y a le sexe. Les corps. Et l’ardeur de son personnage central à en traduire la texture, le grain…Pavel, ce double que le narrateur aurait rêvé d’être, cet être qui résiste et ne cesse de lui échapper, ce personnage dont il ne finira par prendre possession qu’à l’issue d’une réciproque mise à nu,

Février 2010 – La ville…

Ce thème apparait sans intention thématique de ma part.
Un jeu intuitif simple. Ici les trois livres que je présente ont en commun une proximité et un rapport à la ville .
Dans le roman de Martin Page, La ville de Paris est une présence menacée. Dans le roman de Yasmina Khadra elle est un danger, que les clochards exilés à ses portes craignent d’affronter à nouveau. Dans La centrale, formidable livre d’Elisabeth Filhol, les petites villes voisines sont légalement distantes de 5 kilomètres. Mesure de protection. Protéger les villes ? Leur reprocher d’êtres ces monstres énergivores & responsables de violences urbaines ?
De ville en villes, lisons ! Voici le programme que je lis en février sur le réseau des bibliothèques et médiathèques de Midi-Pyrénées. Rencontrons-nous échangeons nos points de vues et nos lectures ! Voici mes coups …de cœur ou d’infortune :

LA CENTRALE d’Elisabeth Filhol – éd. P.O.L.

lacentraleVoici un premier roman surprenant, La centrale (terme réservé habituellement aux centres de détention) qui décrit le quotidien d’ouvriers -volontaires - et intérimaires dans le nucléaire. Une vie calquée sur le rythme capricieux de ces bouillonnantes « cocottes minutes » entre danger, isolement et précarité. C’est « un monde » qui s’ouvre pour le lecteur, en territoire hostile. J’ai aimé l’originalité du propos de ce livre qui nous entraîne là où (pas même l’auteur, ai-je lu) n’est jamais entré. Et pour cause… qui peut avoir envie d’entrer dans l’enceinte d’une centrale nucléaire ?  Pourtant cet univers semble familier à l’auteur au point que ses explications sur le fonctionnement même de la Centrale sont clairs. Pas de parti pris politique affiché, merci madame! Une unique question « centrale » : qui sont ces professionnels qui campent d’un « chantier » à l’autre, nomades d’un genre nouveau voyageant de Chinon au Blayais ? Ces hommes taiseux et mélancoliques parviennent assurément à nous tirer à l’intérieur de leurs « sas » intimes d’insécurité. L’écriture d’apparence froide s’humanise peu à peu. Et cette économie de sentiments, ne donne que plus de force à l’émotion qui gagne le lecteur à la fin de sa lecture. A découvrir absolument ! MF

[extrait] : « Je sors, elle est devant moi. Et parmi ceux qui en sortent, de l’équipe du matin, une poignée d’hommes traversent la route départementale et marchent en direction du bar. Au premier, je tiens la porte. Je devrais être parmi eux qui vont boire après leur journée de travail pour faire sas, comme par excès de sas et complexité des procédures à l’intérieur, le besoin qu’on éprouve d’une zone tampon avant de rentrer chez soi, en dehors de l’enceinte, et pourtant encore dans sa sphère d’influence, entre collègues qui en parlent et elle toujours à portée de vue, et en même temps au milieu des autres, ceux qui n’en parlent jamais, routiers, livreurs, ouvriers de la société d’autoroutes, artisans, qui pour certains ne la voient même plus, sauf en première page des quotidiens régionaux quand elle fait la une. »

LA DISPARITION DE PARIS

ET SA RENAISSANCE EN AFRIQUE

de Martin Page (éd. L’Olivier)

ladisparitiondeparisDerrière ce titre énigmatique et extravagant, on découvre le dernier roman d’un jeune auteur (né en 75) Martin Page. Il écrit régulièrement pour la jeunesse (Cf l’excellent Je suis un tremblement de tête ED L’école des loisirs). Deux genres littéraires pour une même littérature naïve (ce peut être une qualité) avec des personnages dotés d’une psychologie simple (ce qui ne peut-être qu’une apparence…).   Ce livre est un conte façonné et dopé de nombreux détails réalistes. Son théâtre : la ville de Paris, arpentée par un protagoniste aussi connaisseur qu’admirateur des lieux.   Son histoire : celle d’un homme qui désire accomplir quelque chose d’extraordinaire pour quelqu’un qui vient de mourir et, ce faisant, contribue à sa propre  » renaissance « . Mathias, l’étrange et fantaisiste héros est un homme  » de l’ombre  » qui rédige depuis douze ans des discours pour le maire de Paris. Il se voit confier, par un drôle de hasard, une mission très délicate : il doit trouver le moyen de réparer l’outrage dont a été victime Fata Okoumi, une richissime femme d’affaires africaine qui, alors qu’elle se promenait à Barbès, a été grièvement blessée par un policier auquel elle refusait de présenter ses papiers d’identité. MF

[extrait] : « Personne aujourd’hui ne croit plus que les hommes politiques écrivent eux-mêmes leurs discours. Ils ont mieux à faire. Des gens comme moi jouent les Cyrano de Bergerac, écrivant les mots qui permettront à des hommes populaires de conquérir les cœurs. Et nous restons sans amour. Mais avec la conviction que nous participons à la naissance de choses qui en valent la peine. » p. 43

L’OLYMPE DES INFORTUNES

de Yasmina Khadra (éd. Julliard)

lolympedesinfortunesL’auteur de l’Attentat* (livre fort, à lire absolument) est un conteur talentueux. Hélas il semblerait que ce dernier livre (comme le précédent) ne portent pas un sujet aussi brûlant pour parvenir à intéresser ses lecteurs qui se contenteront (ou pas) d’une fable assez falote . L’OLYMPE DES INFORTUNES met en scène des exclus que l’auteur nomme clochards, sans doutes pour s’éloigner des SDF et des images trop présentes. Entre la décharge publique et la mer survivent les membres de la tribu des Horrs. Ha si les exclus parvenaient à se donner la main !  Dans cette galerie de freaks classiques on trouve : Ach le Borgne qui sait mieux que personne magnifier les clochards ; Junior le simplet ; Mama la fantomatique à peine perceptible au milieu des hommes ; le Pacha et sa cour de soulards ; et d’autres personnages assez obscurs. L’auteur les voudrait attachants. Néanmoins ces personnages sont peu consistants. Les dialogues oscillent entre une langue nourrie d’échanges ultra-riches, inimaginable pour l’ensemble de ces reclus et des dialogues creux (CF Qu’est ce qu’une femme ?.. pourrait être une belle question qui espère une belle réponse) hélas on sort de la fable pour écouter une série de lieux communs et l’on s’ennuie un peu. L’incongruité de l’homosexualité des deux couples ne convainc pas. Poser une issue affective telle, dans ces milieux évidemment masculins où s’exerce un jeu de dominant- dominé est une tarte à la crème grotesque. Reste quelques envolées poétiques et philosophiques …MF

[extrait] : « Seule la bêtise est increvable, Junior. Tu t’rends compte ? Si on refilait un sou à chaque con sur terre, on ruinerait tous les empires du monde. Depuis la nuit des temps, les gens s’entrebouffent copieusement. Ils savent rien faire d’autre. La paix n’est qu’une trêve pour eux, et elle consiste à peaufiner les représailles, les coups fourrés, les guerres et le malheur, et Dieu se sent coupable du merdier que nous sommes les seuls à rendre possible.

Junior médite les propos du Musicien en hochant doctement la tête. »

*On peut toujours lire ou relire « L’attentat »… : Dans un restaurant bondé de Tel-Aviv, une femme fait exploser la bombe qu’elle dissimulait sous sa robe de grossesse. Toute la journée, le docteur Amine, Israélien d’origine arabe, opère à la chaîne les innombrables victimes de cet attentat atroce. Au milieu de la nuit, on le rappelle d’urgence à l’hôpital pour lui apprendre sans ménagement que la kamikaze est sa propre femme.

Rentrée 2010 !

lilyetbraineMon coup de cœur :
Roman de Christian Gailly Lily et Braine (prix du Livre Inter 2002 pour Un soir au club). Lily n’aime pas les femmes qui aiment les beaux garçons, surtout quand c’est Braine, le beau garçon. Évidemment, si Braine n’avait pas rapporté de Dieu sait quelle guerre ce foutu revolver…
Braine a décollé, il flotte dans son uniforme, il ne dit rien, pas certain qu’il sache encore parler ou conduire, Lily reprendra le volant. Le livre de Christian Gailly est un livre de jazz qui commence comme du blues et finira par deux coups de grosse caisse double percussion, double percuteur qu’on avait laissé sur le haut de l’armoire. Tous les livres de Gailly sont des livres de jazz. Mais nous n’en sommes pas là, Braine va recouvrer la vie civile, la parole, l’amour, le goût des femmes et de la mécanique. Il va reprendre le volant de la dépanneuse de son beau-père. Et c’est parce qu’il saura changer la roue d’une belle américaine, celle de Rose Braxton (une belle américaine au sens de Robert Dhéry – Rose Braxton, on ne sait pas si elle est américaine, c’est une femme superbe), qu’il va se remettre au jazz. On ne va pas raconter tout le livre, ça ne sert à rien, ce serait comme raconter le jazz, c’est un livre à écouter jusqu’au bout, chacun pour soi, live, Braine a un talent fou pour l’improvisation, à chaque fois qu’on le relit, il y a un truc nouveau à entendre. Il n’y a rien à comprendre, c’est un numéro de funambule, et ce n’est pas forcément le fildefériste qui va se casser la margoulette.

arton16063Richard Millet Le sommeil sur les cendres. éd Gallimard.
« Une jeune Libanaise confrontée aux fantômes de la guerre. Belle écriture ! ».
Les étranges événements qui se dérouleront en Limousin, au Rat, son lieu d’exil relèvent-ils de la peur, de la frustration sexuelle, ou de la folie ? Ne faut-il pas plutôt croire que nous sommes tous, un jour ou l’autre, confrontés à de vrais fantômes ?
Originaire du Limousin, Richard Millet vit de sept à quatorze ans au Liban, sa deuxième culture, puis rentre à Paris. Son écriture rend hommage à sa terre natale et à son pays d’adoption.

20091127110114_1_164x240Gilles Leroy prix Goncourt 2007 pour Alabama Song

Zola Jakson de Gilles Leroy édité par Mercure de France.
Magnifique héroïne que cette vieille institutrice. Vous n’oublierez pas Zola Jackson…
« Quand l’eau de rose devient un parfum délicat & raffiné, c’est chic !  » MF
Zola avait un fils métis, Caryl, avec de beaux yeux verts. Elle en était si fière de ce petit surdoué, auteur d’une brillante thèse d’histoire qui laissait augurer un destin glorieux. Certes, cette mère avait un peu de mal à accepter l’homosexualité de son garçon et sa relation avec Troy. Mais, désormais, Caryl est mort, et Zola Jackson semble inconsolable. Heureusement, cette veuve peut compter sur son labrador blanc femelle, Lady, pour l’aider à affronter un dernier combat, alors que la tempête fait rage et que l’eau monte dans la bâtisse…

Rentrée littéraire 2009

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lannonceL’Annonce de Marie-Hélène Lafon, éd. Buchet-Chastel.

Paul passe une annonce, Annette va y répondre. Tous les deux ont envie de réussir cette rencontre. La ferme, le Cantal, la famille, sont toujours au cœur de cette narration. Une campagne que l’on découvre avec respect et intérêt. Ce livre à l’écriture sublime est très agréable à lire. Il ne se passe presque rien et pourtant on est pris par la vie de ces gens. Un texte inspiré.

bwB.W. de Lydie Salvayre, éd. Seuil.

BW, deux initiales qui désignent une « vraie personne ». BW c’est Bernard Wallet, ancien éditeur, grand lecteur, perd la vue. Durant le traitement (opérations, soins), BW se confie à sa femme, narratrice-auteur, lui raconte sa vie de voyageur et d’amoureux des livres. Lydie Salvayre : « Je n’ai pas eu le choix. Pas une seconde, je n’ai prémédité ce livre. Il m’est tombé dessus. Comme la foudre. » L’auteur toujours prompte à interroger la fiction, à exiger d’elle de brasser dans une même fureur la langue et l’aujourd’hui.

deshommes_laurentmauvignierDes hommes de Laurent Mauvignier éd. de Minuit.

« Des hommes s’ouvre comme un film de Maurice Pialat : nerveux, élastique, ravageur, le premier chapitre pourrait faire un roman à lui tout seul tant la déflagration est assourdissante. M Landrot » (Télérama) « Un livre sur le silence que l’on rompt pour la première fois. La fiction du roman libère la parole. » (V. Josse, France Inter)

Un roman, pas un témoignage de plus. 28 mois « d’évènements » c’est long quand même ! Et peu d’explications convaincantes à ce jour. Le personnage du roman s’appelle Feu de bois, aujourd’hui marginal. «cœur trop lourd, tout près de lui péter dans la gorge, comme il avait dit lorsqu’il avait commencé à parler; tu vois, il a dit, me péter dans la gorge à force, se resservant du vin et buvant à gros bouillons des gorgées qui auraient suffi à noyer deux ou trois portées de chatons». C’est par une scène de querelle en famille (thème cher à l’auteur) que l’on revient sur le passé de Feu-de-bois. Honte humiliation, secret.. «l’Algérie, on n’en a jamais parlé. Sauf que tous on savait à quoi on pensait lorsqu’on disait nous aussi on est comme les autres, et les animaux valent mieux que nous, parce qu’ils se foutent pas mal du bon côté». On sent un auteur inspiré, documenté jamais manipulateur, mais souvent obsédé par le style. La démarche de ce travail de fiction me semble éclairant et utile néanmoins je comprends que certains (tels le critique Philippe Lançon dans Libération s’agace de cette obsession stylistique citant l’ébriété d’un Faulkner quand d’autres citent Céline…(Pas si mal !). Chers lecteurs, j’espère avoir agacé votre curiosité pour vous inciter à lire ce livre que je vous recommande.

Marc Fauroux.

Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye. éd. Gallimard

prix Goncourt 2009

troisfemmespuissantes_mariendiayeDécouvrez un des romans phares de cette rentrée 2009 ! «Un classicisme somptueux. Proust et Faulkner dialoguant sous des cieux africains. Marie NDiaye, prix Femina pour Rosie Carpe , publie un nouveau roman, divisé en trois histoires qui se répondent entre elles et qui oppresse autant qu’il éblouit le lecteur proprement médusé par la beauté de l’écriture. L’art d’un des plus grands écrivains, dont on est presque fier d’être seulement le contemporain, ne s’en trouve que plus grand, encore ». Le Point

Extrait :

Elle aurait aimé lui dire maintenant : Tu te rends compte, tu nous parlais comme à des femmes et comme si nous avions un devoir de séduction, alors que nous étions des gamines et que nous étions tes filles. Elle aurait aimé le lui dire avec une légèreté à peine grondeuse, comme si cela n’avait été qu’une forme de l’humour un peu rude de son père, et qu’ils en sourient ensemble, lui avec un rien de contrition.

Trois femmes qui ont en commun une histoire plus intime encore que des liens familiaux sénégalais. Ces femmes partagent « la force des faibles ». Le roman est traversé par les oiseaux qui planent tels les augures d’une vérité attendue. Roman à l’écriture maîtrisée mais néanmoins impactante pour moi : une liberté défendue bec et ongles au delà de la douleur par trois femmes Norah, Fanta et Khady Demba que je ne suis pas prêt d’oublier.

Marc Fauroux.

horschamp_sylviegermainHors champ de Sylvie Germain. éd. Albin Michel

Aurélien disparaît sans que personne ne s’en émeuve ni même ne s’en aperçoive. Il devient invisible pour sa compagne comme pour sa propre mère. Personne ne fait plus attention à lui. Il glisse dans le flou. Un mal si contemporain. A la manière de ces clandestins de nos villes sortis de notre champ de vision. Apparaît un livre inquiétant. Marc Fauroux

« En phrases-ricochets lumineuses, Sylvie Germain sonde le gouffre a priori insupportable d’un monde où nous n’existons plus pour personne. Et grâce à son écri­ture si claire, sa pensée si généreuse, si curieuse, ce monde-là reste beau et paisible. Avec une étonnante sagesse, Sylvie Germain apprend le détachement. » (F. Pascaud, Télérama)

Je vous raconterai

Je vous raconterai d’Alain Monnier

Nouveau roman chez Flammarion

à paraître le 26 août…

MONNIERrentreelitt09Dans une société laminée par la pauvreté et la violence, un homme misérable, qui survit depuis des années dans les rues, arrive au bout de ce qu’il peut endurer. Mais alors qu’il s’apprête à se jeter dans le canal voisin, un individu de belle allure lui propose de l’aider à mourir sans souffrir. Il accepte et se retrouve dans un luxueux cabaret où il lui est demandé de jouer à la roulette russe devant une assemblée enfiévrée. Il en sort indemne, mais repart avec la fascination de son geste, avec la fascination d’avoir frôlé la mort.

Dès lors il n’a de cesse que de revenir faire le jeu, et d’éprouver la divine sensation. Mais à force de défier avec tant d’insolence les lois des probabilités, le héros du livre va devoir repenser son passé, affronter des secrets de famille, côtoyer sa folie… et même se confronter à une passion flamboyante dont il se croit indigne. Ainsi va-t-il reconstruire peu à peu sa légende, et reprendre pied dans sa vie. Mais la fascination demeure, toujours plus prégnante…

Bonne surprise à ébruiter, par cet auteur toulousain qui nous offre un roman fort, plein de suspens et de rebondissements. Fable sociale ? Parabole ? Une danse de mort élégante et retenue. Petit dommage, ce titre un peu banal « Je vous raconterai »n’est pas à la hauteur du livre et pourrait bien gâcher l’accès aux lecteurs trop pressés ! Pour moi, une belle réussite en tous cas, PAN!

Marc Fauroux.

EXTRAIT :

« Je levais l’arme, mon coude était appuyé sur la table de bois. Le canon était pointé vers le plafond à hauteur de mes yeux. J’approchais ma main gauche du barillet. Je ne sais pas s’il fit un tour complet. (…) Où était la balle ? Face au canon, la culasse offerte au percuteur, qui allait déclencher l’étincelle, embraser la poudre, provoquer l’explosion et lancer la course folle de la balle dans le canon, dans ma tempe, mon cerveau, ma vie, le temps, l’éternité.

Cafés littéraires en région
d’avril-mai

carrere_autresviesCette rubrique insolite me permet d’établir des parallèles de fildefériste dont voici un petit tour :

Vu l’excellent film de Philippe Lioret Welcome (co-scénarisé par Olivier Adam l’auteur de À l’abri de rien) et j’y vois un parallèle hors de toute fiction ou affabulation avec le travail d’ Emmanuel Carrère l’auteur de D’autres vies que la mienne, pour qui la réalité devient une marque de fabrique. Ici on explore un autre genre d’auto-fiction qui semble nous indiquer que « notre vie est constituée par la vie des autres ». Et l’émotion s’associe et s’allie à l’intelligence pour constituer un outil de connaissance des autres… comme de soi même.

À la manière d’un journaliste (ce qui est en réalité le métier exercé par sa femme à LCI) Emmanuel Carrère réalise un livre composé de récits très forts qu’il rédige d’après des entretiens glanés au plus près des protagonistes. Tous ont en commun la perte et l’absence engendrée par la mort qui, d’une petite fille, Juliette pour ses parents, Jérôme et Delphine (E. Carrère est d’ailleurs présent quand la vague du tsunami emporte Juliette en 2004) qui… d’une autre Juliette, juriste (et sœur de l’auteur) mutilée puis finalement emportée par un cancer. Etienne est l’ami intime de cette Juliette, un personnage troublant, unijambiste et altruiste, possédant une belle humanité. Je considère pour ma part la lecture de ce livre comme un véritable expérience, riche et troublante. Les pages crues sur les derniers jours de Juliette ne sont pas faciles à lire mais on en sort apaisé, car ce n’est malgré tout pas… « notre histoire » c’était simplement la sienne. J’ai dévoré ce livre qui utilise les codes du roman à suspens, rebondissements, flash-back… Un livre dont on se souvient !

(Extrait :) « Il était là, il tenait dans ses bras sa femme en train de mourir et, quel que soit le temps qu’elle y mettrait, on pouvait être sûr qu’il la tiendrait jusqu’au bout, que Juliette dans ses bras mourrait en sécurité. Rien ne me paraissait plus précieux que cette sécurité-là, cette certitude de pouvoir se reposer jusqu’au dernier instant dans les bras de quelqu’un qui vous aime entièrement. »

Critique de François Dufay, L’Express, 12 mars 2009 : « On peut penser que cette littérature en prise avec le présent, avec les peurs de notre société, ferme autant de portes qu’elle n’en ouvre. Une chose est sûre : noyant son narcissisme dans la vie des autres, Emmanuel Carrère, rescapé, lui aussi, de ses naufrages intérieurs, fait l’éloge des « hommes de bonne volonté », essaie d’en devenir un. Avec ce livre dramatique et serein, la non-fiction novel à la française a trouvé son maître. »

couv-paris-brestParis-Brest de Tanguy Viel (éd. Minuit)

Grande maîtrise du style et de l’intrigue et surtout quel bonheur de rire en lisant ce livre succulent ! Plus écœurant qu’une grosse pâtisserie à la crème en fin d’un repas de famille dominical. Ici la famille est cruelle. On s’écorche, on se trahit gaiement. C’est formidable. Paris-Brest est un objet fascinant dans sa manière de jouer avec le temps de la narration et celui des événements racontés.

« Tout, dans cette histoire familiale, a un lien de cause à effets, que le lecteur découvre avec une ivresse autant due à la vitesse des phrases qu’à l’impeccable précision des scènes. Il y a le Cercle Marin, sorte de restaurant pour bonnes familles de marins qui sont « certain(e)s de représenter et de transmettre encore, une sorte de France antique et royaliste, et comme encore secouée par l’Affaire Dreyfus » où le narrateur, adolescent, vient manger avec sa grand-mère. La vieille dame y rencontrera un plus vieux qu’elle : un riche aux airs d’amiral, qui veut l’épouser et lui transmettre ses dix-huit millions. » Thierry Guichard, Matricule des Anges.

« Tout est possible. On peut raconter l’histoire, on peut raconter les lieux, on peut raconter l’écriture. On peut aussi passer en revue, sans exiger de garde-à-vous, les différents personnages. Ça donne : la grand-mère empoche 18 millions à quelques encablures de la mort ; la mère ouvre une boutique de souvenirs à Palavas-les-Flots, avant de la fermer aussi sec pour cause de déficit ; l’horrible fils de la femme de ménage (forcément) sème la discorde entre les uns et les autres ; le frère dissimule une homosexualité connue de tous ; le père se retrouve démis de ses fonctions de vice-président du Stade Brestois, après avoir creusé un trou de 14 millions. Et le fils, apprenti écrivain, veut raconter tout ça dans un roman familial. Ça sera bien. Plein de petits secrets sordides exposés au vu et au su du monde entier. En bref : une vie bue au goulot par des êtres de fric (les jeunes) ou de frac (les vieux) mais, bon, à la fin, tous avides-cupides quand même. »

(extrait du Journal du Dimanche, 11 janvier 2009, Marie-Laure Delorme).

Cafés littéraires en région
de mars-avril

bennettEnfin un livre désopilant, léger et vraiment déjanté comme je les aime…

Voici le dernier Alan Bennett dans la traduction française de Pierre Ménard.

La Reine des lectrices d’Alan Bennett (Denoël). … À ce détail près qu’il va séduire et faire rire un lectorat plus large que mes O.L.N.I.S préférés tels, le déjà cité Des néons sous la mer de F. Ciriez. Ici j’ai aimé au delà du rire la réflexion sur le pouvoir subversif de la lecture ! C’est vraiment très bien !

Présentation de l’éditeur

Que se passerait-il outre-Manche si, par le plus grand des hasards, Sa Majesté la Reine se découvrait une passion pour la lecture ? Si, tout d’un coup, plus rien n’arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu’elle en vienne à négliger ses engagements royaux ? C’est à cette drôle de fiction que nous invite Alan Bennett, le plus grinçant des comiques anglais. Henry James, les sœurs Brontë, le sulfureux Jean Genet et bien d’autres défilent sous l’œil implacable d’Elizabeth, cependant que le monde empesé et so british de Buckingham Palace s’inquiète : du valet de chambre au prince Philip, d’aucuns grincent des dents tandis que la royale passion littéraire met sens dessus dessous l’implacable protocole de la maison Windsor. C’est en maître de l’humour décalé qu’Alain Bennett a concocté cette joyeuse farce qui, par-delà la drôlerie, est aussi une belle réflexion…

Biographie de l’auteur

Alan Bennett est une star en Grande-Bretagne, où ses pièces de théâtre, ses séries télévisées et ses romans remportent un succès jamais démenti depuis plus de vingt ans. La Reine des lectrices est son quatrième roman publié chez Denoël.

logotntPour les Toulousains, je signale un autre texte du même auteur, actuellement à l’affiche d’un (bel et bon) spectacle Laurent Pelly « Talking Heads  » jusqu’au 4 avril à l’affiche du TNT.

L’interprétation comme la mise en scène servent efficacement un propos plus grave « tout est merveilleusement formidaaable ! Mais quand même cette dame qui est train de nous parler de sa vie de bureau est assez seule. D’ailleurs, personne ne la supporte. En plus, elle est malade. Mais prenons un autre exemple. Voilà cette fois une dame des plus épanouies. C’est seulement sa voisine d’en face qui a un problème. Pas très important: elle vient d’assassiner son mari… ».

aupays_benjellounAu pays, dernier roman de Tahar Ben Jelloun (Gallimard).

Belle écriture (comme souvent) chez cet amoureux de la langue française. Rien de révolutionnaire, un livre dont on croit avoir déjà lu le résumé quelque part, vu le film, tant les images arrivent seules et glissent vers nous facilement. Un texte simple, humble qui met en scène un /chibanis/, un / »//cheveux blancs »/. Un de ces travailleurs immigrés, qui ont quitté leur pays lors des « trente glorieuses », quand la France avait besoin de bras. A quelques mois de la retraite, Mohamed, prend conscience que sa vie professionnelle se termine et imagine à présent ce que sera sa vie de père de famille à la retraite au bled. Il rêve. Problème ses enfants nés en France ont fait leur vie ici et ne sont pas en phase avec les chimères et autres traditions qui enchantent le père. Mohamed va donc rêver et vieillir seul en compagnie d’une femme « qui est toujours d’accord » et qui dort un peu plus loin et un fils mongolien, attachant.

Ce rêve secret, c’est tout ce qui reste à Mohamed lorsque résonne à ses oreilles un mot qu’il tentait, jusqu’ici, de ne pas entendre. Un mot couperet que, dans son français imparfait, il prononce / »lentraite »/ : / »Ce n’était pas la mort, c’était quelque chose qui s’en rapprochait /(…)/, la voix lui signifiait quelque chose de précis, de définitif, d’irréversible. Arrêter de travailler, rompre un rythme acquis depuis une quarantaine d’années, changer ses habitudes, ne plus se lever à 5 heures du matin, ne plus passer sa blouse grise /(…)/. C’était l’ennemi invisible, l’ennemi ambigu, car si pour les uns, elle était synonyme de liberté, pour lui, elle était synonyme de fin de vie. (Le Monde)

Cafés littéraires en région
de février-mars

unpeupleenpetitUn peuple en petit d’Olivier Rohe (éd. Gallimard)

Bochum (386 499 habitants en 2005) est une ville d’Allemagne dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie au sein d’une vaste bassin houiller (merci Wikipédia). Bochum, la ville et ses incontournables écoles de théâtre est certainement le personnage 1 du roman d’Olivier ROHE « Un peuple en petit ». Car le « personnage 2 » est un voisin de pallier (sorti de la vie mode d’emploi de Perec ?) Économiquement, Bochum a connu la crise de l’industrie charbonnière dès les années 1950. Elle a entrepris une reconversion notamment avec l’implantation d’une grande usine automobile d’Opel, créée en 1962. Mais l’auteur a choisi la période 79-89 comme toile de fond ou peut-être comme personnage à part entière. On est loin de l’auto-fiction qui intéressa l’auteur un temps. La forme est déstructurée, les scènes courtes. L’enfant qui traverse le roman vit lui, dans une guerre sans nom. Mais c’est à personnage 2 que je me suis attaché. Cet homme en mal de mots. Il ne trouve jamais le bon. Se trompe. Doute. Plus que jamais, je me dis que cet étrange livre aura autant de lectures qu’il aura de lecteurs. Certains j’imagine seront agacés par les codes volontairement perturbés par Olivier Rohe. D’autres disent déjà qu’il un faiseur, tandis que Télérama se pâme. Que me restera-il de cette lecture. Finalement beaucoup d’interrogations bien au-delà du plaisir… C’est bien, non ?

couv-la-promenade-des-RussesLa promenade des Russes de Véronique Olmi (éd. Grasset)

Plaisir amusé du florilège qui présente des auteurs aussi différents que ROHE et OLMI !

Là nous sommes à présent dans une littérature « attendrissante ». Ca peut paraître dur pour Olmi mais pourtant, je m’en rends compte au fil des rencontres avec les lecteurs, le besoin est grand de décaler sans cesse les styles, genres et écritures pour continuer à se laisser surprendre par des personnalités différentes ! Ici l’auteur, qui écrit également du théâtre, offre une maîtrise de « la formule » qui fait mouche : .« Qu’est-ce qu’elle voit dans ses cartes, puisqu’elle n’a pas d’avenir et qu’elle n’a jamais gagné une réussite sans tricher ? ». L’ensemble est très plaisant à lire.

Résumé de l’éditeur : L’héroïne de ce roman est une très jeune fille, Sonia, qui vit à Nice avec sa grand-mère russe. Comme toutes les « babouchkas » de la Côte d’Azur (lieu d’exil favori des Russes blancs après la Révolution d’octobre), celle-ci se partage entre samovars, rêveries et nostalgie du paradis perdu. De fait, la petite Sonia ne sait pas vraiment à quel monde elle appartient : celui de sa réalité quotidienne, avec une mer trop bleue et les commerçants de la vieille ville ? Ou celui de ses songes, orchestrés par sa babouchka, avec ses neiges étincelantes et ses fastes tsaristes ? Prudente, elle s’est donc réfugiée dans un imaginaire très personnalisé où l’on retrouve les héroïnes romanesques de Daphné du Maurier et le Mystère Anastasia – cette jeune princesse qui, dit-on, échappa au massacre de la famille impériale…

On suit ainsi son éducation sentimentale et morale entre deux mondes distincts. Il y a là le pittoresque du midi et le tourment slave ; des odeurs mêlées d’ail et de thé ; des douleurs causées par une mère absente et des remèdes imaginés par une grand-mère qui, pour survivre, adore (se) mentir à elle-même et aux autres…

Roman de ton, d’atmosphère et de sensation, variation sur le thème de la vérité, de l’histoire, des sentiments, La promenade des Russes est porté avec grâce par la prose ironique et douce de Véronique Olmi qui ruse habilement avec sa propre biographie.

Extrait : « La vérité est ailleurs. La vérité est en face de moi. Mais pas dans le magazine avec Ingrid Bergman. Pas dans les cartes. La vérité est dans la tête de ma grand-mère. Elle ne l’a jamais dite à personne. Même aux journaux. Même aux présidents. Elle se croit encore en danger, elle se livre à mi-mots, elle balance des demi-vérités, persuadée que Iouri Andropov lit par-dessus son épaule, aussi personne prend la peine de glisser des félicitations dans l’enveloppe réponse. C’est pas grave. Je suis en première ligne. Et j’attends. Si j’ai une utilité sur cette terre où je suis arrivée terriblement en retard, c’est sûrement celle-là : attendre que la vérité éclate. Que ma grand-mère me fasse confiance. »

Véronique Olmi a publié plusieurs romans (Bord de mer, Numéro Six, Un si bel avenir, La pluie ne change rien au désir, Sa passion) et des pièces de théâtre (de Chaos debout au Jardin des apparences ou, plus récemment, Mathilde et Je nous aime beaucoup) qui sont jouées partout en Europe.

Je conseille en particulier la lecture de NUMÉRO SIX, un texte fort.

renaissanceitalienneRenaissance italienne d’Éric Laurrent (éd.Minuit)

Laurrent le magnifique ?

« De retour de Florence, où j’étais allé passer une dizaine de jours pour oublier Clara Stern, je ne pouvais imaginer que le destin me ramènerait en Toscane quelque neuf mois plus tard – et encore moins que j’y trouverais l’amour. » (Extrait)

Ici on baigne dans un luxe que l’on souhaiterait partagé par le lus grand nombre. Il n’en est rien. Le protagoniste du nouveau livre d’Éric Laurrent ne semble pas touché par la crise ! Juste une crise d’identité amoureuse. Il part à la recherche d’une femme en rencontre une autre… Bref ce n’est pas le scénario qui retient mon attention mais l’écriture assez belle. L’auteur nous fait partager son goût pour la peinture du XIXe (les nus féminins en particulier). On parle ici une langue délicate, on « florentise » un Paris réinventé pour l’occasion. Florence c’est toute la renaissance italienne, les Medicis avec Laurent le Magnifique, Machiavel… et bien d’autres !

(…) le narrateur décortique sans cesse tant et si bien les choses – les piégeant dans son langage comme pour mieux les immobiliser, puis les analyser comme une araignée décortique les insectes qu’elle prend dans sa toile – qu’il va, jusqu’à la fin, s’y perdre lui-même, risquant de laisser sa « proie » (la jeune femme) disparaître intacte de sa vie. C’est à cela qu’on reconnaît qu’on aurait tort de réduire Eric Laurrent à son langage précieux, à ses mots rares, comme s’il s’agissait d’un érudit qui pontifie. Son alter ego en est tout le contraire : un antihéros qui dresse entre la vie et lui un épais mur de mots, un écran aussi opaque que La Princesse de Clèves (puisque la langue de Renaissance italienne en a parfois la texture, la tournure), ce magnifique et très morbide monument de l’évitement. Comment, alors qu’on aime, sortir de l’envoûtement, de la prison des mots pour s’autoriser le geste, c’est-à-dire la vie ? Il faudra compter sur le personnage féminin pour entrer quasiment par effraction dans le système clos d’un narrateur impuissant à vivre.(…)

Nelly Kaprièlian, Les Inrockuptibles, 18 mars 2008

Découvertes janvier 2009,
de Marc Fauroux

delaume_small« Chère Madame la mort » …les premières pages du livre de Chloé Delaume, Dans ma maison sous terre m’ont inquiété, perturbé et ravi ! C’est aujourd’hui que je découvre ce jeune auteur à l’univers gothique. Je n’avais pas lu le cri du sablier en 2001. La suite du livre m’intéresse moins à partir de la page 89, toute la séquence sur le père me renvoie à un autre auteur d’auto-fiction, je pense trop à Christine Angot. Dommage, mais ça repart le personnage providentiel convoqué par l’auteur (Théophile) permet la confidence. Elle parle pour deux.. Elle convoque ses aïeux autour d’elle – grand-mère, mère, vrai père, faux père – et réclame une belle dispute post mortem, un règlement de comptes familial, quelque chose d’infiniment cru, délicieusement morbide. Rares sont les auteurs qui savent nous parler de la mort avec ce mélange de folie et de gravité, de profondeur. Je pense à Gabrielle Wittkop (1920-2002) bien sur, lisez son livre : Le nécrophile !

En même temps qu’il publie son troisième roman, « Nous Autres » Stéphane Audeguy fait paraître un petit recueil d’anecdotes, « parfois terribles, parfois cocasses, toujours singulières », et qui toutes concernent la mort de personnages, célèbres ou obscurs: «In Memoriam » (Le Promeneur). J’ai noté ce passage Gustave Flaubert, écrivain: «Les fossoyeurs avaient creusé une fosse de taille normale: le cercueil de Flaubert n’y entrait pas car il était trop long; et même, hélas, il se coinça. Le cortège se dispersa sans qu’on ait pu procéder à l’inhumation ».

J’ai pour ma part un souvenir identique, à la mort de mon grand père, ce même pied de nez qui semble être l’ultime signe de vie du défunt. Drôle d’endroit pour un fou rire.

adamventsyu1Olivier Adam, Les vents contraires (éd. L’olivier).

Je suis un lecteur fidèle ! Olivier Adam, m’a procuré de grandes émotions littéraires avec Falaises (il parlait du suicide de sa mère, extrait : « La vie abîme les vivants et personne, jamais, ne recolle les morceaux, ni ne les ramasse. ») et plus récemment A l’abri de rien, un livre qui a pour théâtre Sangatte, après la fermeture mais avec les réfugiés ! Ce nouveau livre s’intéresse encore à la famille avec…force ! A suivre.

« Réflexion sur l’absence, le deuil, les liens familiaux, Des vents contraires est, malgré la noirceur de son inspiration, un roman lumineux, par l’humanité et la tendresse qu’il dégage, et l’énergie qui l’habite. » Michel Abescat

Telerama n° 3079 – 17 janvier 2009.

Mon coup de cœur Midi-Pyrénées !

enfantsperdusArnaud Rykner « Enfants perdus » (Collection La brune – éd. Le Rouergue)

Lu pour la deuxième fois, ce livre court, lors de la nuit de la tempête toulousaine.

Tempête inhabituelle ici = excellent propulseur d’énergie nocturne ! Je crois que ce livre doit être lu d’un trait. Le rythme et encore plus l’atmosphère servent un propos poétique autant que romanesque : « C’est une maison de bord de mer, d’un autre temps, qu’on n’ouvre que le temps des vacances. C’est une maison comme beaucoup d’autres maisons, un peu plus grande peut-être. Une maison pleine d’histoires. Une maison pour les enfants. » Il y a pour moi, l’ombre de Duras (plus que Sarraute). Pas un si mauvais fantôme !

Lectures en cours… Olivier Rohe (Un turbulent silence).

- On en parle ? marcfauroux@paradis-eprouvette.com !

Café littéraire de janvier 2009 :
Entre réalité & fiction

Lundi 19 janvier 2009 à 20h30 à la médiathèque de Quint-Fonsegrives (31)

Jeudi 29 janvier à 18 h à la Maison du Parc & de la Vallée – Luz St-Sauveur (65)

Vendredi 30 janvier à 18 h 45 à la médiathèque de Lourdes (65)

De l’île des arbres mouvants au royaume des Patapoufs et
Filifers et puis encore l’île Poésie…

IMAGE-IMAGINARIUM

Voici une visite extraordinaire des lieux imaginaires tels qu’ils sont présentés par de grands auteurs parfois méconnus : Marco Denevi, Frémont d’Albancourt, Charles Derennes.. de ou de vrais bijoux d’inventivité dus à Georg Buchner, Cervantès ou Rabelais. C’est à Alberto Manguel que nous devons ce dictionnaire des lieux imaginaires, d’où sont tirés ces textes. Voici une invitation au meilleur des voyages : la lecture ! Pour pimenter le tout, le comédien dira d’autres textes plus actuels et tous aussi déjantés tels Frère Animal de Florent Marchet et Arnaud Catherine puis 50 façons d’assassiner les limaces de Sarah Ford. Et vous… Pensez-vous que les romans ont pour vocation de représenter la réalité ou à l’inverse de l’inventer ?

Rappel des dernières sorties de 2008

Christophe Tarkos Écrits poétiques (POL)

tarkos

Christophe Tarkos est mort en décembre 2004, Sa poésie s’inscrit dans le projet général de vivifier et de défendre la langue française. Citation : « Je suis un poète qui défend la langue française contre sa dégénérescence, je suis un poète qui sauve sa langue, en la faisant travailler, en la faisant vivre, en la faisant bouger ».

photo © Jean Marc de Samie

lamantdesmortsDe Mathieu Riboulet L’amant des morts (Verdier)

Ecriture sublime sans provocation outrancière, cru, rien de plus. C’est sa littérature qui est explosive plus que ce qu’il nous dit.

Extrait : Le monde des livres

Quand Mathieu Riboulet marie la sentimentalité poétique au réalisme le plus cru. Dix ans après la mort de Julien Green, quelques mois après celle de Tony Duvert, si triste, si discrète, suscitant un curieux requiem consensuel, voici surgir une voix qui rappelle les leurs. Ces deux parrainages pourraient paraître incompatibles, tant les personnalités de ces écrivains sont différentes et leurs générations ou leurs parcours éloignés de ceux de Mathieu Riboulet, à cela près qu’ils sont tous trois homosexuels. Qu’est-ce qui rapproche Mathieu Riboulet de Green ? Son mysticisme, son lyrisme, ses visions poétiques, son obsession du mal et de la rédemption, sa hantise des huis clos.